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Agence AR.O.M.

15, les hauts des jardins du Colège
97000 Mamoudzou

tel 02 69 61 00 59
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Pour installer tréteaux, planches, équerres et compas un matin de février 1991 place Mariage à Mamoudzou, il fallait avoir pour Mayotte les yeux de Chimène : commencer une telle aventure demande tant de ferveur !


Il fallait, pour que cet évènement personnel s’accomplisse, la rencontre de mon attirance de toujours pour les pays du Sud, avec l’enthousiasme si communicatif de Michel Sartor pour Mayotte.
J’avais traversé le Sahara en 4L, passé un diplôme sur l’habitat et l’urbanisme des pays tropicaux, voyagé à plusieurs reprises à travers l’Afrique noire. Michel Sartor avait connu l’expérience bouillonnante de volontaire à l’aide technique (V.A.T.) en Grande Comore où, de missions en parties de poker et whisky, il avait su tisser des liens durables avec quelques futurs acteurs majeurs de Mayotte. Il devait s’y rendre à plusieurs reprises : notre amitié nous condamnait au voyage fatal.


C’est ainsi, accompagnés de nos épouses, que l’on a pris la barge : transfert mythique vers Mamoudzou qui, selon René Quaranta alors en poste à la D.D.E. de la Réunion, révélait instantanément et pour toujours le coup de cœur que l’on devait ou non ressentir pour l’île.
C’était en Novembre 1987, et l’on a eu le coup de cœur. Mais au-delà des baobabs sculpturaux de la plage de N’Gouja, des couchers de soleil flamboyants de M’Tsamboro ou des couleurs saturées des paysages qui ricochent en pointillés sur les îlots du lagon, il y eut la découverte de l’architecture qu’on y dessinait, de l’habitat social aux bâtiments publics tels la préfecture de Grande-Terre ou le Conseil Général.


Une architecture authentique, sans modernisme convenu, sans clichés ; une architecture qui savait utiliser l’artisanat et les matériaux locaux, la pierre et la brique de terre crue, écologique avant la mode avec ses toitures à larges débords protégeant autant du soleil que de la pluie, éco-responsable avant l’heure.
L’élégance de ces bâtiments, jusqu’au plus modeste, tient aux détails des charpentes moisées, au fruit de leurs soubassements en pierre noire, à la transparence des varangues, aux brisures nettes des toits le plus souvent à 4 pans, à l’adaptation aux terrains les plus abruptes qui aiment suspendre les maisons au milieu de leur pente, ou encore au rythme de leurs ouvertures aux dimensions mesurées auquel les indispensables naco donnent cet inimitable graphisme.
La couleur est présente sur les façades ou les menuiseries, en réponse au soleil, à la gaîté des mahorais, aux bangas de leur jeunesse.


Vincent Liétar depuis la SIM et Attila Cheyssial avec son agence AMA en étaient les auteurs. Ils méritent notre plus profond respect pour leur total engagement et leur vrai talent. Vincent devint un ami, et l’envie de prendre modestement part à cette œuvre se transforma vite en décision d’y dérouler nos calques. Il fallut quelques années et le projet de l’hôtel de Koungou, pointe magique, hôtel du Loch Ness, pour concrétiser ce rêve qui murissait un peu davantage à chaque voyage.

 

Que Jean-Michel Méheut m’ait suivi dans cette idée fut la chance nécessaire de cette initiative. « Je
vais te pourrir ton week-end » lui ai-je annoncé un vendredi de Novembre à Tours, en lui posant la question de confiance. Le week-end fut pourri et la réponse positive.
C’est ainsi qu’en février 1991, à 30 ans à peine, avec sa droiture sans faille et son humanisme en bandoulière, il partit pour quelques mois, ceux de la mise en route de notre AROM embryonnaire, pour en fait ne plus revenir : billet aller simple, Mayotte est un piège !
Billet aller avec retours multiples : ceux d’une amitié jamais démentie quelles qu’aient été les tempêtes (l’architecture est un métier de tempêtes), ceux aussi d’une aventure professionnelle passionnante, riche de particularités de l’île et des ses implications.
Riche aussi de l’équipe qui l’anime, toujours très sollicitée, toujours présente, riche de Violaine Liétar qui nous a rejoint très vite et que l’on a jamais laissée barger dans le mauvais sens, l’inassouvissable exigence, la légendaire rigueur. Par voie de conséquence, elle est aujourd’hui notre associée.


Vous l’avez compris, AR.O.M. est inscrite dans la durée. Le plaisir qu’elle nous procure, le sens qu’elle donne à l’exercice de notre passion ne sont pas prêts de s’éteindre. Il y aura d’autres décades à fêter.

 

 

Philippe Tardits